Pierre Laffillé
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Il est des chocs visuels que l'on n'oublie jamais.

Dans un journal télévisé, j'avais à annoncer les dernières exécutions au garrot dans l'Espagne de Franco. Et comme la barbarie officielle refusait les caméras, seul un peintre visionnaire des souffrances pouvait en restituer l'horreur pour ancrer en nous le dégoût et la révolte. Appelé d'urgence, Pierre Laffillé, en quelques traits, nous révéla que dans ce supplice il fallait voir l'atteinte la plus honteuse à la dignité humaine. Nous le savions, encore fallait-il le montrer puisque c'était inexprimable par le langage. Laffillé le fit dans le dépouillement qui est sa manière, et qui ignore le spectacle, la sensation et même l'événement. Chez Laffillé, on voit tout de suite à l'intérieur ce qu'il n'a pas voulu mettre en vitrine. Chacune de ses toiles est une aventure au sens propre. Quand nous jouons avec les mots, nous ne savons pas que parfois ils vont nous entraîner vers de belles et terribles découvertes. Laffillé quand il part avec sa matière à la recherche de ses personnages, rencontre l'âme, c'est-à-dire l'interrogation universelle et, pudiquement, s'incline devant elle. Il s'interdit le viol de ces inconnus familiers qu'il n'a fait exister que pour respecter leur solitude. Il résume cela en parlant de peinture anthropométrique et il s'agit bien en effet de portraits d'identité, de notre identité.

Nous sommes tous dans ces personnages de Lafillé dont les regards ne sont absents qu'en
apparence et qui sont ceux de nos fuites vers un absolu dérisoire.

Roger Gicquel

 

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